Le « Ma » ou la maîtrise de la distance

Le « Ma » ou la maîtrise de la distance

l’entraînement à courte distance prépare son esprit à garder calme et éveil dans les situations difficiles.

Le karaté est un art martial qui ne déroge pas à une règle simple : tout est dans le détail !

L’énergie, l’angle, le timing, le sanchin tout comme la distance « ma » font qu’une technique fonctionne parfaitement bien ou pas du tout !

 

A l’époque des samurais, un maître d’école réputée expliquait qu’elle était meilleure que les autres parce qu’ils utilisaient un sabre plus court. L’avantage ne résidait pas dans la longueur (plus court = plus maniable), mais dans la perception.

 

Cela dit Myamoto Musashi a battu son rival Kojiro en duel avec une rame en bois, plus longue que le long sabre de son rival, mais ceci est une autre histoire.

 

En quoi tous les élèves de l’école ayant un sabre plus court étaient supérieurs, alors que ça devrait être un inconvénient !

La réponse du Maître fut simple : ayant l’habitude à courte distance, l’esprit est plus alerte, mieux préparé et posé !

 

Un jour en ippon kumité au KC Fribourg, Mon partenaire tori se tenait à plus de 2 m de moi, un signe de rapprochement de ma part est resté sans succès et je n’ai pas été surpris par son assaut. Quant est venu mon tour d’être tori, je me suis mis à 70 cm de lui, soit très proche, mais pas trop. Le simple fait de me voir si proche a changé son visage de couleur.

 

Ne pas oublier que le karaté est un art de self défense et à plus de 2m il y a peu de danger, alors qu’à courte distance, tout peut se passer.

Lorsqu’on est à plus de 2 m de uke, on doit assumer ! C’est à dire qu’une attaque de poing ou pied doit s’arrêter à 2 cm avant l’impact avec une marge qui, si déployée, arrive au centre du corps de uke avec la chaîne de forces alignée, dans l’axe et forte, (pas en bout de course avec les gants de 2 cm de mousse, et toute la chaîne corporelle étendue, inclus talon levé et colonne tordue). Sinon, uke n’a pas besoin d’agir pour se protéger !

 

Au KC Fribourg, prenez l’habitude de toujours appliquer les fondamentaux suivants :

  • Attaquer sincèrement de toute son âme, avec précision, vitesse, force, sanchin et « ma » distance.
  • Si tori est trop loin ou proche au départ, c’est à lui de trouver le moyen d’ajuster la distance 
  • Au bon moment : avant, juste avant ou pendant l’attaque.
  • Avec le bon moyen : yoriashi, zuriashi, taisabaki, demi pas, pas sauté, sauté pas.
  • Dans toutes les directions : en avant, en arrière, sur le côté, en diagonal.
  • Uke se sentira en danger s’il n’agit pas et donc (ré)agira face à une attaque sincère.
  • Uke ne doit pas reculer pour sa sécurité ou soulager sa tension mentale, mais assumer la distance de départ choisie par tori (en ippon kumité).
  • Uke doit réagir à une attaque au dernier moment (pas au plus vite, mais au plus tard), sinon tori s’adaptera.
  • Avoir un contrôle total. La maîtrise du « ma » est d’être au plus proche, tout en protégeant son partenaire d’une frappe.

 

L’extraordinaire faculté pliométrique des compétiteurs est telle qu’ils prennent l’habitude de garder une distance de sécurité assez éloignée. C’est une qualité fondamentale pour marquer des points en karaté sportif (point fight), mais il faut garder à l’esprit que le karaté est un art martial qui doit aller au-delà cette approche : Trop de médaillés d’or ne reviennent plus sur les tatamis une fois que l’orgueil de la compétition est passé.

C’est très bien de s’adapter en restant suffisamment éloigné, mais il y a des inconvénients, des effets pervers.

 

L’avantage de s’entraîner proche est avant tout mental. Sous pression dû au rapprochement, on apprend à :

  • Se calmer tout en restant alerte.
  • Réagir vite.
  • Mieux détecter les signaux déclencheurs de l’adversaire.

 

Bien que je n’aie jamais eu à me battre pour ma survie, j’ai le sentiment qu’un réel danger n’arrive qu’à très courte distance. Même si notre niveau d’alerte augmente déjà à des distances éloignées, on (ré)agit souvent trop tard et on se retrouve à très courte distance. Donc il faut s’y préparer aussi.

 

  • Tori doit rester à l’écoute d’uke pour mettre une pression « mentale » adéquate sans le ménager ! assez pour que uke travail, mais pas trop.
  • Uke doit se sentir sous pression adéquate et petit à petit prendra confiance en ses capacités ; ensuite seulement tori augmentera progressivement la pression.

 

L’expérience de se sentir complètement débordé, acculé est instructive pour faire un bilan personnel. Cependant, à mon sens, je ne crois pas à une amélioration de ses capacités dans ce mode de fonctionnement qui est, selon moi, trop extrême. « Hâte toi lentement ! ».

 

En plus de cette habitude progressive à adopter, il y a des moyens respiratoires pour se détendre face à un stress.

 

Tout ceci bien sûr avec un contrôle total comme fil conducteur, la bienveillance est de mise envers son partenaire, qui est un acteur de notre propre progrès et qui progresse lui aussi. Win-Win comme on dit. En garantissant la santé et le bien-être, un partenaire grandit et nous fait grandir.