ShoDan ! L’aboutissement ou le commencement ?

ShoDan équivaut à terminer l’école obligatoire.
Ce niveau confirme que la base technique est acquise, ni plus, ni moins.
Un grade sert juste à satisfaire son eg, tous niveaux confondus.
Beaucoup adulent le niveau Dan, la ceinture noire !
· Quelle en est sa valeur ?
· Est-ce une finalité ou un début ?
· Que se passe-t-il après ?
· On me demande parfois quel est mon but, puisque j’ai déjà une ceinture noire. Quelle est ma motivation ?
Pour commencer, il faut se rendre compte que passer ShoDan équivaut à terminer l’école obligatoire. Ce niveau confirme que la base technique est acquise, ni plus, ni moins.
Le passage d’un grade se prépare et se mûrit. Le pratiquant consolide ses acquis pour finalement être prêt. Vient ensuite le moment de l’épreuve, avec la satisfaction ou non d’avoir su répondre aux diverses exigences. Le pratiquant ayant passé un grade en est fier, et c’est normal, mais il n’est pas nécessaire de passer un grade pour progresser. L’effet pervers d’un grade est qu’il nourrit l’ego, quel que soit le niveau. Plus le niveau est élevé, plus le pratiquant devrait se détacher progressivement des signes extérieurs de reconnaissance.
Dojo Kun de Karaté Shotokan :
Un porteur de Dan, plus qu’un autre, doit montrer l’exemple en suivant ces règles de conduite:
-S’efforcer de perfectionner son caractère.
-Être fidèle à la voie de la vérité.
-Développer un esprit d’effort.
-Respecter les règles de la courtoisie.
-Se garder d’un courage impétueux (ou contrôler son impulsivité).
La couleur de la ceinture ne représente pas forcément son porteur. Ce sont bien plus les durs entraînements physiques et mentaux qui, jour après jour, l’ont forgé au point d’intégrer ces qualités au plus profond de lui.
Avoir la même attitude en karaté-gi, en training et en habits de ville, à l’entraînement comme dans la vie quotidienne, seul comme en groupe.
La valeur d’une personne se mesure à son attitude et à ses actes.
Perdre toutes possessions matérielles (maison, voiture, bijoux, compte en banque, costume, ceinture) importe peu tant qu’il reste l’essentiel : L’esprit pour décider de nos actions et le corps pour agir.
Durant les 5 premières années, le karatéka apprend les 5 attaques de base avec poings, les 5 coups de pieds de base, les 5 positions de base, les 5 déplacements de base. Le karatéka arrive à faire quelques enchaînements simples. Il construit ses fondations, ses bases, par l’imitation.
De la même manière, le musicien doit apprendre les gammes et le solfège. Les fausses notes sortant de son instrument au début se transforme peu à peu, et il commence à jouer des petites partitions.
En 10 ans, grâce au drill des techniques et des enchaînements, le karatéka voit ses techniques fonctionner. Il sait les enchaîner avec force et vitesse, en connaît un plus grand nombre et apprend des Kata supérieurs. Il obtient éventuellement des premiers résultats en compétitions, et a envie d’étendre encore ses connaissances. Ses fondations sont solides, les principes de base sont acquis.
Le musicien, quant à lui, lit maintenant facilement des partitions. Il joue de belles mélodies, mais s’accroche des fois à certains passages difficiles. Il ne comprend pas l’ensemble des morceaux qu’il joue. S’il compose, ses œuvres sont encore maladroites.
Le karatéka devient lassé par les répétitions. Il ne voit plus ses progrès. Il est tenté d’arrêter comme certains de ses camarades. Le passage ShoDan le fait arriver à un carrefour contenant autant d’impasses que de nouvelles voies. Il pense avoir fait le tour de l’art martial. S’il dépasse cette épreuve, un passionnant chemin commence.
Recherches, chemins :
-Désapprendre ce qui a été enseigné pour mieux se redécouvrir soi-même.
-Garder la curiosité. Chercher personnellement à travers les livres ou autres moyens modernes. Rencontrer et partager avec d’autres pratiquants avancés. Ecouter et se forger sa propre opinion à travers l’expérience.
-Rester inventif durant ses entraînements personnels en approfondissant ce qui plait, ses atouts mais aussi ses faiblesses.
-Tester, adapter et s’approprier ce qui convient mieux à soi. L’expérimentation remplace le drill pour les acquis.
-Au lieu d’ajouter de nouvelles techniques, suivre le chemin inverse : épurer, simplifier, enlever les blocages physiques et mentaux, un à un, comme un oignon que l’on épluche jusqu’à arriver au cœur, à l’essentiel.
-Privilégier un karaté intuitif, instinctif, naturel, adapté à son caractère et à sa morphologie.
-Par la pratique, le karatéka affine le contrôle de son corps ; il apprend à s’économiser ; à fluidifier ses mouvements, à harmoniser et varier force et vitesse avec justesse en fonction du timing et de la distance.
-Par le « polissage » de son esprit, l’intériorisation s’approfondit et le ressenti s’affine.
-Le Sensei est toujours présent pour l’élève qui se questionne, mais dorénavant, l’élève est aussi son propre guide, tout en restant un éternel élève qui découvre l’art martial.
Notre musicien a atteint une telle maturité qu’il peut interpréter n’importe quelle composition. Les notes s’échappant instinctivement de son instrument, les unes après les autres, donnant vie à sa mélodie. C’est pour cela qu’il a appris à jouer ! Il ressent profondément sa musique, ses imperfections et sait qu’il peut se corriger, aller au-delà, il joue quotidiennement pour s’améliorer.
Chaque pas en avant lui fait prendre conscience de son imperfection, du vaste chemin qu’il lui reste à découvrir. Mais il est prêt à le vivre en autonomie, pas à pas, sans peur et sans objectif. (Voir « l’allégorie du dressage de la vache »).
Conclusion :
-Le karatéka met sa vie dans le karaté, et le karaté dans sa vie, au point que la pratique devient une indispensable source d’équilibre, de bien-être et d’harmonie dans son quotidien.
Sensei Taiji Kasé :
« L’importance est de progresser, chacun son rythme, par rapport à soi et non par rapport aux autres. Nous savons que rien n’est acquis définitivement et qu’il convient de ne jamais perdre ni humilité, ni patience. »
Réf. : Dessins de Marol ; Sensei Bernard Monzione compare souvent l’art martial avec le 4ème art, la musique d’où l’idée de lui rendre hommage en augmentant la compréhension.


